23 octobre 2005

Vieux mouchoirs 1


D'abord parce que je prends pas la peine de spécifier mes lectures pour rien, et ensuite parce qu'il faut bien en dire quelque chose:


La guerre d'Alan 1 & 2 (BD)
Emmanuel Guibert

Il s'agit ici des vestiges de mes lectures plaisantes d'été (on s'en permet toujours moins en hiver). Pour ceux qui aiment la bande dessinée adulte et a fortiori pour ceux qui ont un faible pour les raconteurs de quotidiens et d'anecdotes, vous aimerez probablement la candeur, l'humour et la perspective historique de cette BD-ci. C'est pas pour rien que Rabagliati et sa série sur Paul est à la mode.

La guerre d'Alan, c'est la vie d'un jeune américain dans la Seconde Guerre mondiale racontée par lui-même.
Alan est devenu avec le temps un monsieur au nom d'Alan Cope qui a raconté pendant plusieurs années la guerre dans ses détails les plus inusités à Emmanuel Guibert. M. Cope est mort aujourd'hui mais l'auteur a tout enregistré sur bande audio.

Au niveau narratif, ne vous attendez pas à voir un récit sur la terreur de la guerre, de sous-entendus moraux ou de témoignages de dures épreuves.
Alan s'en tient à raconter son histoire dans le détail de ses banalités, de la drôle de bouffe qu'on lui servait à la fois où il fait tuer un groupe d'allemands sans s'en rendre compte.
On découvre donc la vie de guerre au même rythme que le narrateur, on reste aussi hébété que lui devant l'incongruité de ce qu'on lui fait faire.

Au niveau visuel, le trait est simple, beaucoup d'ombres, le dessin rappelle parfois les posters de guerre, du noir et blanc pour les couleurs, ce qui convient au récit d'époque; aucune surcharge donc!

Une case :

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Paul en Finlande
Yann Martel

J'ai longtemps refusé de lire l'Histoire de Pi de Yann Martel, à cause de son succès soudain, dont je me suis méfié surtout. Je me suis résolu à le faire une bonne année et demie plus tard et j'ai beaucoup aimé (non je ne regrette pas de ne pas l'avoir lu plus tôt). J'ai ensuite cherché à savoir s'il avait écrit autre chose d'agréable.
Je vous avoue avoir cherché longuement autre chose que Paul en Finlande dans le fouillis de ma bibliothèque mais tous les autres livres de Martel, mis à part l'Histoire de Pi et celui-ci, y ont mystérieusement disparu.
Enfin, ça arrive souvent dans une bibliothèque de ne pas retrouver des livres; on suspecte les profondeurs abyssales des étagères d'en cacher des milliers.
Mais ça c'est une autre histoire.

Paul en Finlande raconte quatre nouvelles qui ont davantage marqué Alexie que moi.

La première, celle de Paul proprement dite, nous sert l'histoire d'un jeune sidéen qui s'apprête à mourir. À son chevet se trouve son ami (le narrateur) avec qui il va inventer une histoire dont la trame est calquée sur les années du XXème siècle. Les deux amis vont ainsi s'échanger de jour en jour la suite des années et la continuité de la vie des personnages qu'ils ont créés, la mort finissant par enjamber l'Histoire au rythme de la maladie et empêcher à la fois l'imaginaire et l'histoire humaine d'être ce qu'ils sont.

La troisième nouvelle, c'est la lettre d'un directeur de prison aux mères des condamnés à mort qui ont été éxécutés. La directeur reprend la même lettre des dizaines de fois en gardant et en changeant des éléments (toujours les mêmes), laissant croire que la façon dont l'exécution s'est réellement produite a peu d'importance et que la préparation à la mort fait partie d'une froide mécanique. L'effet de la lecture répétive sur le lecteur est vraiment très intéressante.

Pour les deux autres nouvelles, vous lirez.