07 novembre 2005

Vieux mouchoirs 2


Le Prince
Machiavel

Une re-re-lecture du Prince de Machiavel pour un séminaire à l'UQÀM. Vous n'êtes probablement pas au courant mais une foule de gens fantasment sur ce bouquin, y en a qui disent que c'est sacrement génial, c'est les intellos cyniques qui prétendent expliquer le monde qui les entoure, ils veulent montrer aux autres qu'ils ont tout compris à l'implacable stratégie machiavélienne.
Y en a d'autres qui trouvent ça follement excitant, drôle, ils rient en disant que Machiavel est sanguinolent et que ça en est jouissif, ceux-là, ils jouent leurs désinvoltes, leurs insensibles, il veulent être au-dessus de tout ça, ils peuvent pas accepter que Machiavel puisse dire vrai, alors pour eux, c'est anecdotique. Ils rient pour éviter de poser un jugement.
Et puis y a ceux qui versent des larmes de crocodile, c'est les vierges offensées, pleines de morale, qui s'indignent et qui trouvent que Machiavel est déprimant, ils veulent montrer qu'ils ont tout plein d'idéaux humanistes et bienfaiteurs.

Ils s'accordent tous pour dire que Le Prince est incontournable, soit pour comprendre le monde, soit pour s'amuser en lisant le récit marrant d'un gars qui rêve d'être tortionnaire, soit pour comprendre les méchants, les pas démocratiques, les sans pitié.

Moi je vais vous dire, je sais plus quoi en penser...

Permettez-moi juste d'éviter d'en dire trois choses :
J'en ferai pas un livre purement ludique en disant que c'est une lecture "délicieusement cruelle".
J'en ferai pas non plus une lecture de dépit, comme quoi c'est une "désolante perspective" qui est "malheureusement partagée et appliquée par plusieurs".
Et par dessus tout, j'en ferai surtout pas une critique cynique et grossière à la "c'est incroyable à quel point ça permet de comprendre ce connard de Bush" (ce que je peux être tanné de l'entendre).

N'ayant pas d'autre issue, je vais de ce pas m'en tenir au plus implacable silence.