16 novembre 2005

Non-réflexion sur les blogs

Ce matin j'ai subi l'épreuve de la lecture sur Mal de Blog, de Patrick Dion. Anne et Valérie étaient de la partie également.
Je m'épargne la réflexion habituelle sur l'impact des blogs et leur dimension parablog. Vous savez comment c'est, on est surpris de l'ampleur du phénomène, puis on constate que ça va loin; à la télé chez Radio-Canada (TLEP a un blog), à la radio avec des émissions comme Mal de Blog, dans les revues avec Michel Vastel sur le site de l'Actualité, les journaux avec des simili-blogs au goût de bologne à La Presse, Martineau au Voir, et même les politiciens, André Boisclair, des premiers ministres et des aspirants premiers ministres toujours-très-proches-du-peuple (Paul Martin avait un blog pendant sa campagne électorale). Enfin, tous les grands noms de ce monde commencent à avoir un blog et malgré tout ça, il reste de la place pour une ou plusieurs communautés plus ou moins tissées serrées de bloggeurs anonymes et semi-anonymes qui sont lus avec fidélité par leurs semblables. Puis si on veut entrer dans l'analyse académique, on finit par en dire que c'est un espace de démocratisation ouverte de la pensée, que c'est une nouvelle forme de journalisme, de littérature ou encore que les gens qui ont des blogs s'en servent pour assouvir leurs perversions exhibitionnistes à divers degrés d'incidence psychologique.
Mais je vais demeurer coi. J'ai rien de nouveau à apporter au débat pour le moment.

Je poste ici la version de mon texte qui a été lue à l'émission de radio de ce matin puisque la version sur mon vieux site internet a été retravaillée au cours de la dernière année:

Saint artiste

Mon œil fin ne fait point d’affront : il guette, rectifie et contemple. Devant lui s’érige votre beauté et déchoit votre laideur. Il en dessine les contours, il en trace habilement les frontières. Il est doué; l’artiste enfante l’art.

À sa lame s’aiguillent les voiles souillés de votre déshonneur et à ses pieds reposent enfin vos splendeurs retrouvées. Les coups de théâtre ne suffisent plus à le rendre aveugle; il reconnaît vos masques aux lèvres sanguines et aux sourires malicieux, vos teints poudrés et votre peau empâtée.

Veuves noires, je vous découvrirai de vos linceuls et dissiperai la brume spectrale de vos époux moribonds. Votre lumière originelle éclatera à nouveau sous l’ultime rayon limpide de la lune; de vos instincts pervers renaîtront les reflets candides d’une lointaine jeunesse à jamais reniée.

Je vous ai vues, la nuit, titubant sur le trottoir encore humide au rythme de votre ivresse. Vous regardiez le néant, le visage blafard et les yeux assombris. Votre corps alourdi, haut perché sur le cristal froid des talons de vos chaussures, s’était englouti dans les bouches béantes des égouts enfumés. Vous trébuchiez grossièrement et vos ongles frottaient l’asphalte, affirmant mon dégoût, sollicitant mon âme charitable.

Malheureuses adolescentes avariées, pourquoi avoir tant gaspillé innocence, pureté et bonté ? Pour séduire quelques vices, dictateurs et misérables ? Enfants, pourquoi devenir vos poupées ? Catins dans les mains d’un autre…

N’ayez pas peur, j’insufflerai l’humanité dans les abysses obscurcis de votre esprit étouffé, je trancherai les mains glauques qui enserrent votre poitrine, je préserverai vos vertus, je les figerai dans l’éternité. Vous êtes mon art.

Vos festivités bestiales sont éphémères; elles aiment le caprice et vous êtes leurs putains. Ne vous méprenez point, votre amour n’est pas réciproque.

Grisées au coin d’une rue, je vous retrouve ainsi la nuit trompées, déhanchant maladroitement votre carcasse lestée. Chahutant des mots incompréhensibles, vous promettez qu’on ne vous y reprendra plus et maudissez ce qui vous y a conduit; cette confusion éperdue clame ma bonté. Ces courts moments de détresse quémandent ma grâce, cette étincelle d’espoir illumine mon œil et d’un pas régulier je m’adosse à vous.

Vos sens endormis méprennent vos réflexes engourdis. Ils ne peuvent me gratifier que déjà je cisaille. Vos effusions empourprent vos lambeaux rapiécés et je me reclus à l’abri de tout regard réprobateur. La cadence de mes opérations s’apaise.
Une paix nouvelle sillonne votre visage.

Vous voilà réceptives, disposées, finalement lucides, vous ne bronchez point.
Délicatement je déchire le reste des oripeaux pour rencontrer la sublime et simple blancheur. Le faciès perfide entourant vos pupilles et vos lèvres disparaissent dans les effluves du liquide purificateur de vos larmes. L’enfant.

Ils vous retrouveront immergées, recouvertes de la parfaite harmonie. Vous voilà redevenues humaines; c’est pour cela que plus tard, ils auront pitié de vous. Nous les entendrons me désapprouver et vous pleurer. De glorieux cantiques seront entonnés en votre mémoire et je serai responsable de ces rares moments d’humanité.

Je suis un artiste, un être d’exception. Quelqu’un doit bien faire ce travail. Je le fais pour vous, pour le bonheur de nos yeux. Je sais comment transformer laideur en beauté. Vous ne devriez pourtant point m’accuser ensuite : je suis un artiste; vous condamnerez mon art alors que vous devez me couvrir d’éloges. Il s'agit là d'une ignoble injustice.

Quoi qu’il en soit, je scellerai votre essence purifiée dans un cercueil d’ébène et j’exposerai mes œuvres devant ceux qui vous ont autrefois admirées. Le vernissage sera saint. Le Christ acquiescera. On bénira mon art.

1 Réponses:

Anonymous Anonyme a répondu...

J'ai manqué ça, j'étais dans un cours, dommage! Et puis je remarque qu'il y a trois ''adomondiens'' dans la cuvée de la semaine (avec Valérie)... ouah, prolifique!

16 novembre, 2005 17:21  

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